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LE PRÉSENT ET L’ÉCRITURE DE L’HISTOIRE DU MONDE ARABO-MUSULMAN

  • 31 déc. 2015
  • 4 min de lecture

Peu de gens dans le monde arabo-musulman d’aujourd’hui se sentent encore fiers de leur appartenance arabo-musulmane. Soudain, la plupart se mettent à chercher leurs origines antérieures. Le Maghrébin se dit berbère, l’Égyptien est d’origine copte et le Libanais s’attache à sa provenance phénicienne. Dans ce texte nous allons essayer d'expliquer les causes de cette désintégration et puis, la façon avec laquelle est traitée l’actualité du monde arabo-musulman contemporain, et comment cette actualité contribue dans l’écriture de son histoire.


En effet, la plupart des pays arabes traversent actuellement une période compliquée sur les plans politique et socioéconomique. L’Égypte et la Tunisie sont sous tension, l’Irak, la Syrie, la Lybie et le Yémen sont en pleine guerre civile, alors que les pays les plus ou moins stables du reste du monde arabe sont à couteaux tirés entre des camps rivaux. Le centre de notre questionnement réside toutefois, dans cette apparence qu’a prise le monde arabo-musulman et qui s’est fixée dans une image relative à son présent.


Selon François Hartog, l’histoire doit être soumise à un régime temporel capable d’articuler les trois dimensions du temps, passé, présent et futur. Cependant, à l’époque contemporaine, l’écriture de l’histoire souffre d’une crise de temps avec des changements majeurs dans son régime d’historicité. Cette crise réside dans l’envahissement du présent et de son omniprésence avec une nette négligence du passé et du futur. Le monde arabo-musulman serait l’entité du globe la plus agitée par cette crise, car il est entrain de vivre un présent dépourvu d’attentes et d’espérances et surtout détaché de son passé et de son histoire.


Le présent du monde arabo-musulman est aveuglant, de telle sorte qu’il empêche l’émergence des anciennes mémoires qui composent son histoire. On se contente d’une image floue, obscure et chargée de toute sorte d’amalgame. En effet, chaque acte de violence revendiqué par les Djihadistes réduit davantage la distance entre islam et islamisme, et entre musulman et islamiste; le choix de terme est désormais facultatif. La question qui se pose est comment est-on arrivé là?


C’est incontestablement le manque de questionnements et l’absence d’analyses de la part des spécialistes des sciences humaines qui ont favorisé la confusion et l’ambigüité. En effet, les études sur le phénomène du radicalisme musulman sont peu nombreuses, le rôle a toutefois été confié au bricolage médiatique. Des rapports et des reportages ont remplacé les essais et les ouvrages spécialisés. L’information médiatique, sans contrôle préalable, est en train de remodeler l’image de l’islam et des arabes dans le monde entier et particulièrement en Occident, elle est en train de changer le régime d’historicité, en mettant l’accent sur la nouvelle façade et les nouvelles mœurs, elle est en train d’écrire une nouvelle histoire.


Si on se fie à ce que l’on voit et à ce que l’on entend actuellement, on sort formellement avec la certitude que le monde arabo-musulman est un monde dépourvu de tolérance et qui rejette absolument toute forme de coexistence. En effet, on traite les non musulmans de mécréants, on refuse de célébrer les fêtes de fin d’année, car ce ne sont pas les nôtres. On refuse même de souhaiter joyeuses fêtes aux chrétiens, car parait-il, c’est une innovation (bid’a). C’est réellement ce que le présent musulman laisse apparaître. Pourtant, son passé se configure différemment. Il y a dans l’histoire de l’Islam de remarquables capacités de coexistence et de brassage social et ethnique. Si l’on recule de quelques siècles dans l’histoire des deux mondes, chrétien et musulman, on enregistre aisément un point majeur de comparaison qui est comme suit : les européens de l’époque médiévale témoignent d’une intolérance farouche à l’égard de tout ce qui n’était pas chrétien, alors que leurs voisins de l’Andalousie arabe médiévale ont vécu une expérience unique dans l’histoire de la tolérance. C’est exactement à cette époque que le grand mystique musulman Ibn ’Arabi disait : « Mon cœur devient capable de toute image: Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines, temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins, tablettes de la Torah et livre du Coran ».


Aussi, il importe de rappeler qu’à la fin du XIXe siècle, la capitale de la principale puissance musulmane, Istanbul comptait dans sa population une majorité de non musulmans, principalement des Grecs, des Arméniens et des juifs (Maalouf, 1998). Cela ne peut point être imaginée à Paris, à Londres ou à n’importe quelle métropole occidentale. On constate alors que ce monde musulman intolérant a de profondes traditions de coexistence et de tolérance, contrairement au monde occidental moderne, visiblement ouvert et bienveillant mais lourdement chargé d’un passé intolérant. Toutefois, les modes d’articulation des trois catégories; passé, présent et futur, qui normalement doivent varier selon le temps et l’espace, sont actuellement fortement imprégnés par le présentisme, c’est-à-dire, que l’histoire est influencée par la mémoire d’un présent mis à distance de son passé (Hartog, 2003).


Cette situation est en train de s’officialiser davantage en constituant la base d’une mémoire collective globale et officielle au point que certains membres de la communauté musulmane, fortement assimilés à la vie occidentale, ne se gênent pas de montrer leur répugnance pour tout ce qui touche à l’islam, à la culture orientale et à la langue arabe. En parallèle, certains penseurs et intellectuels font l’exception à l'image de l'humaniste d’Amin Maalouf qui interpelle à chaque fois les biens-faits de la civilisation arabo-musulmane, ou encore de Jaques Berques qui fait des éloges à la puissance de la langue arabe.




Bibliographie

Hartog, François. Régimes d'historicité : présentisme et expériences du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003, 257p

MAALOUF, Amin. Les identités meurtrières, Paris : B. Grasset, 1998, 210p

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