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Donald Trump et les musulmans : Une campagne électorale contre le politiquement correct

  • 12 déc. 2015
  • 5 min de lecture

Dans sa course vers la maison blanche, Donald Trump enfreint la tradition du politiquement correct qui caractérise habituellement le discours des candidats à la présidentielle aux États-Unis. Il le dit clairement : « le politiquement correct est le grand problème de notre pays ». Cette nouvelle attitude participe certainement au succès qu’il réalise jusqu’à maintenant auprès des électeurs républicains qui voient en lui un défenseur des valeurs de l’Amérique. Le 8 décembre 2015, rappelant les actes terroristes de Paris et ceux de San Bernadino, il a appelé à « l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux États-Unis » comme une première mesure de sécurité contre les menaces de l’extrémisme islamique. Cette mesure doit durer, selon lui, le temps qu’il faudra jusqu’à ce que les autorités américaines comprennent ce qui se passe.



De surcroit, il ajoute dans une entrevue accordée à Fox News que, s’il est élu président, il interdira l’entrée aux États-Unis aux immigrés, aux visiteurs et aux touristes musulmans, et il surveillera les membres de l’armée américaine de confession musulmane.


Ce choix politique de Trump qui vise à gagner des voix au détriment du politiquement correct compte aussi parmi ses victimes, les Chinois les Japonais et les Mexicains. Selon lui, ces derniers participent directement à la destruction de l’économie américaine et exportent aux États-Unis beaucoup de problèmes, de crimes et de drogue. Ses propos envers les femmes entrent également dans le même cadre de provocation lorsqu’il qualifie certaines de des adversaires de « grosses cochonnes, de chiennes et d'animaux dégoutants».


Si ce discours suscite de vives critiques et accusations de la part de nombreux politiciens de tout bord, même à l’intérieur du camp républicain, il est accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et de satisfaction par une partie de la population américaine qui voit dans ces déclarations une audacieuse réponse à leurs inquiétudes vis-à-vis du terrorisme en particulier et de l’islam en général. Les partisans de cette attitude admirent dans leur candidat son courage d’aller droit au but et de dire tout haut ce que certains Américains pensent tout bas. Selon the New York Times, les deux tiers des supporteurs de Trump pensent que les musulmans représentent une menace immédiate pour les États-Unis. L'interrogation ici est de savoir est ce que c'est le programme de Trump qui satisfait les revendications des électeurs ou bien ce sont les sondages sur les tendances des électeurs qui décident du programme de Trump, et le forcent à désobéir au politiquement correct.


Il est évident que cette posture négative envers l’islam est une projection de l’actualité internationale et des images de violence "réalisées" par l’État islamique (Daech) en Iraq et en Syrie, par le groupe radical nigérien Boko Haram, par les attentats de Benghazi contre l’ambassadeur américain en 2012 et avant tout cela par les attentats du 11 septembre. Néanmoins, si tous ces évènements tragiques expliquent l’inquiétude légitime d’une grande partie des Américains vis-à-vis de l’islam, ils ne justifient en aucun cas les déclarations imprudentes et simplistes de certains politiciens. Un candidat à la présidence des États-Unis ne peut ignorer la complexité du phénomène terroriste auquel participent directement ou indirectement plusieurs pays qui le condamnent. L’État islamique est, en quelque sorte, une idéologie politique aux apparences religieuses qui sert à réaliser les intérêts de plusieurs pays dans la région du Moyen-Orient. Certains pays du Golf souhaitent, à tout prix, l’affaiblissement du régime syrien pour contrer l’hégémonie de l’Iran sur la région. Israël, l’un des grands gagnants de la guerre en Syrie, surveille avec prudence le Hezbollah et fait en sorte qu’il soit impliqué le plus longtemps possible dans ce confit pour l'affaiblir et l'isoler de Téhéran. De plus, la longévité de la guerre en Syrie lui garantit également l’inoffensivité du régime Ba'th qui représente le dernier régime arabe anti-israélien. Ce changement géopolitique au profit d'Israël explique aussi l'implication de Tel-Aviv dans ce conflit au point même d'apporter de l'aide médicale aux groupes djihadistes proche d’al-Qaïda. Quant aux États-Unis, ils n’envisagent pas une intervention de ses soldats au sol et ne semblent pas pressés de mettre fin à l’État islamique tant que sa mission en Syrie, contre le régime syrien, le Hezbollah et l’Ira n’est pas finie.


Face à la complexité de la question terroriste, Trump propose un discours réducteur et intentionnellement superficiel pour entretenir la confusion entre les groupes islamistes radicaux minoritaires et la majorité écrasante des musulmans. Cela nous renvoie également à une question plus générale qui ne concerne pas uniquement les États-Unis, mais aussi plusieurs pays occidentaux à l’image de la France, où le Front National ne cesse de rappeler aux Français que les musulmans sont une vraie menace pour le pays. Faire face à l’extrémisme par l’extrémisme est exactement ce qu’envisagent les groupes terroristes qui parient sur les chocs entre les religions et les cultures à l’intérieur des sociétés occidentales. L’État islamique, comme tout autre groupe terroriste, est convaincu que le sentiment d’insécurité chez les musulmans en Occident jouera en défaveur de la sécurité des sociétés dans lesquelles ils vivent. Ces musulmans sont aujourd’hui traumatisés par l’image de citoyens suspects que leur imposent aussi bien le terrorisme islamique que les partis politiques populistes d’Occident. Pour les premiers, ces citoyens ne sont pas assez musulmans, voire, pas musulmans du tout tant qu’ils sont intégrés dans des pays « mécréants », et pour les seconds, ils ne sont pas assez citoyens puisqu’ils sont membres d’une religion "pas très catholique".


Ce qui est certain c’est que la guerre contre l’extrémisme islamique ne peut être gagnée sans la participation et l’implication des musulmans vivant en Occident. Ces derniers doivent être considérés comme une solution et non comme un problème. Le terrorisme islamique, même s’il fait énormément de bruit et fait parler de lui dans tous les médias du monde, il ne représente qu’une infime minorité du monde musulman, et ses victimes musulmanes dépassent de très loin celles des non musulmans dans le monde. Les attentats en Tunisie, au Maroc au Mali, les massacres en Algérie, en Irak et en Syrie, les musulmans tués dans les attentas de Paris, sont tous des preuves de motivations plus politiques que religieuses de l’extrémisme islamique. Par conséquent, faire face à ce danger est une préoccupation de tous les musulmans qu’ils soient en pays majoritairement musulmans ou en Occident. Au lieu de stigmatiser ces populations naturellement anti-terroristes, il est du devoir des responsables et des politiciens occidentaux de les intégrer comme partenaire indispensable dans leur guerre contre le terrorisme. Autrement dit, le partenariat avec les musulmans pour une cause commune ôtera toute légitimité aux radicaux qui profitent des discriminations dont soufrent certains jeunes en Occident. Stigmatiser les musulmans en Europe et en Amérique du Nord, c’est les mettre dans le même panier que les terroristes et donner la possibilité à ces derniers de parler au nom d'un milliard et demi de fidèles. À l'inverse, l’unité contre l’extrémisme, qu’il soit islamiste ou politique, est une étape indispensable et favorable aux unités nationales et au vivre-ensemble dans toutes les sociétés occidentales.

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